
BRUXELLES EST UNE VILLE SECRÈTE.
Pas dans le sens que lui donnait Paul de Saint-Hilaire dans ses ouvrages mystérieux quasi mystiques sur la capitale.
Plutôt dans l’idée qu’elle ne se livre, ne se révèle qu’à ceux qui poussent plus loin l’observation du Manneken-Pis ou la photo traditionnelle d’une main lovée palpant une boule de l’Atomium par la grâce de l’effet de perspective.
C’est une ville puzzle dont les différents quartiers forment autant d’espaces mosaïques, de villages variés, grappes de communes entourant le noyau central.
Elle offre au visiteur le visage multiple et différencié d’une ville moderne, une « grande » ville autant que le profil bucolique d’un village qui aurait grandi sans le vouloir.
Une capitale humaine dit-on et lit-on souvent.
Un petit quelque chose de Paris qui n’aurait rien d’arrogant.
Bruxelles a mué, a muté depuis la belle époque des impériales chantées par le grand Jacques.
Les cartes postales anciennes diffusent d’elles un parfum de Belle Époque, des relents nauséabonds de Senne à ciel ouvert, le rythme lent des marchands ambulants, les agents de change portant des chapeaux melon à la terrasse du Cirio, le long du palais de la Bourse, des passants endimanchés à l’Allée Verte, des voddemannen (marchands de loques) hélant les habitants.
De ces années-là , les Bruxellois ont gardé l’esprit de la zwanze (humour gouailleur du Bruxellois), l’attachement à leur ville.
Une ville transformée par les grands travaux d’un roi barbu et ceux d’un Paul Vanden Boeynants fasciné outre mesure par les sirènes des buildings transparentistes.
Une ville impactée durablement par le magnifique souvenir de l’Expo 58 mais aussi défigurée durant une période jugée trop longue par certains, par des cicatrices urbaines défiant toute logique esthétique.
Que de bâtiments aussi disparus ou transformés par un façadisme à la belge devenu, au regret final de tous, une appellation contrôlée.
Que de belles après-midi aquatiques avortées par le voûtement de la Senne.
Ces images montrent de belles locomotives, bêtes rugissantes à la machinerie lustrée entrant dans des gares qui étaient encore les sas d’entrée de la ville.
Aussi y voit-on une laitière dont l’achalandage d’étain et de liquide lacté est tiré par un chien tirant la langue. Autre temps…
Aujourd’hui, la page de l’album de photos aux pages jaunies est tournée et tous, nous avons conscience qu’il s’agit certes d’aller de l’avant mais aussi de préserver ce qui fut un poumon vert conjugué à un cabaret géant et qui est devenu, Europe oblige, un laboratoire cosmopolite aux différentes origines et essences.
Nous ne sommes plus au temps de Bossemans et Coppenolle.
Ni de Charles Buls. À l’époque, la ville était le reflet de ses habitants et il s’agit d’une image d’Épinal qu’il convient vaille que vaille de chérir et d’entretenir.
C’est beau la nostalgie et les magnifiques façades et bâtiments préservés représentent nos pyramides à nous, magnifiques Horta, Blérot fignolés…
Les temps changent et aujourd’hui, Bruxelles a réussi la gageure d’évoquer immédiatement et automatiquement cette douceur d’antan à ses très nombreux visiteurs tout en ayant ajouté la dimension de capitale européenne qu’elle se fait fort de mériter.
De nos jours, la ville est encore et toujours le reflet de ses habitants. Nous dirons plutôt les reflets de ses habitants.
Toujours bon vivant, le Bruxellois continue d’aimer sa ville. Une ville qui a accueilli un nombre impressionnant de nationalités, un nombre incalculable d’apports culturels venant à leur tour apporter un supplément d’influences étrangères à une ville qui s’en est toujours nourrie.
Les Bruxellois sont connus pour leur geste et leur faconde. La zwanze donc. Quel joli mot que celui-là . Non seulement, ils ont inventé un dialecte et un accent savoureux, ils ont également baptisé cet humour gentiment moqueur d’un mot aux sonorités en totale adéquation.
Le Bruxellois est un peu « fort en gueule », comme disait Bossemans. Un peu roublard, souvent sympathique, toujours gentiment moqueur. L’ironie et l’autodérision arborées avec le panache de la plus belle des légions d’honneur.
Dikke nek certes mais aussi un cœur grand comme ça, le Bruxellois s’est vu recevoir des dizaines et des dizaines de cousins, de pays proches ou lointains qui aujourd’hui font sa diversité, son multiculturalisme, son brassage (et là , on s’y connaît).
Il est facile de partir du concept d’additions des identités mais une ville déteint sur ses habitants. Elle les englobe, les fait siens.
Aujourd’hui, Bruxelles rayonne au niveau international et lui confère une aura, un statut inédit dans son histoire, même si de tous les temps, elle a été courtisée.
Dans une ville comme celle-là où la bureaucratie, le lobbying, la politique, le commerce international, l’administration ont pris une place majeure, il existe encore des bastions issus des modèles anciens, des reliques d’antan qui ont su survivre et préserver leurs attraits.
Le stoemp est un de ceux-là . Né de l’économie de la pauvreté, ce plat a fait bien du chemin et est devenu un des grands classiques du patrimoine gastronomique bruxellois.
Né (probablement) aux Pays-Bas, pays auquel on doit déjà la bintje, développé en Belgique sous différentes variations et appellations, il s’installe à Bruxelles où il devient un des plats préférés de nos grands-mères, un élément intangible de nos souvenirs d’enfant avant de passer au statut d’icône bobo des guides touristiques.
Magnifié par l’engagement durable d’Albert Verdeyen, aujourd’hui son plus fervent défenseur, il se veut un étendard de la ville. Une ville qui, elle-même, de par sa mixité, n’est rien de moins qu’un stoemp démographique.C’est dans cet esprit que cet ouvrage vous dressera des recettes traditionnelles bruxelloises (complémentaires aux deux premiers titres : Stoemp ! et Stoemp 2) mais également des recettes de stoemps, inspirées largement par les ingrédients et les traditions des cuisines étrangères rencontrées au fil de notre voyage culinaire dans Bruxelles. À vos passe-vite !
Marc Van Staen

Plongez vous dans ce livre surprenant et délicieux et dégustez ce bon plat bruxellois à tous les modes
Bon appétit…